Corsica Cristiana

Fous de l’homme et fous de pouvoir

21 Décembre 2018, 10:00am

Publié par Lucien Antoni

Michel BARRAT © Photo Corse-Matin

Mr Michel Barat, ancien Recteur, agrégé de philosophie, est un penseur considérable. On voit qu’il connaît ses auteurs – notamment Hegel qu’il cite souvent, et qu’il a peut-être compris. Ses propos doivent donc être pris au sérieux. Ceux que publie le Corse-Matin du 16 décembre sous le titre « Fous de Dieu, fous de pouvoir », ne peuvent laisser indifférent Corsica Cristiana : ils sont en effet une charge contre l’Eglise.
L’auteur commence par une condamnation radicale de l’auteur de l’attentat de Strasbourg, et de ses complices, accusés de tuer « au nom de Dieu ». Blasphème. Soit ! Ce n’est pas nous qui dirons le contraire. Mais voici qu’il met dans le même sac les « intégristes » (plus rarement, il est vrai, que les islamistes : admirons la restriction). Plus rarement, mais quand même ! Or on appelle communément « intégristes », mot à connotation très péjorative, les partisans de Mgr Lefebvre et les multiples chapelles qui se sont formées après lui. Nous n’avons pas ici à juger du mouvement « lefebvriste ». Chacun en pensera ce qu’il voudra ; mais nous mettons au défi notre philosophe de citer un cas - un seul- de tuerie, mutilation, blessure, inspiré directement ou indirectement par Mgr Lefebvre. Cette calomnie grossière autant que venimeuse méritait d’être notée.
Mais venons-en au fond de la théorie de M. Barat. Elle consiste à séparer la Foi, qui est glorifiée comme recherche de la transcendance, et l’Eglise, qui ne serait qu’une entreprise esclavagiste. Jésus, oui ! l’Eglise catholique, non ! Cette institution est accusée de vouloir établir sur terre un régime religieux. Bref, l’Eglise catholique, c’est l’Islam.
Il est étonnant qu’aucune voix dans le clergé corse ne s’élève contre de tels propos. Nous sommes donc obligé de le faire à leur place. Sans doute il est facile de trouver chez les prêtres ou religieux des êtres indignes de leur état.  Mais nous savons depuis toujours que l’Eglise est une société sainte composée ‘hommes pécheurs. Est-ce une raison pour oublier tous les bienfaits, dans tous les domaines, que l’Eglise catholique a apportés aux hommes ? Combien d’Hôtels-Dieu en l’Europe chrétienne ? Et combien en terre d’Islam ? Faut-il énumérer toutes les institutions, œuvres et lois inspirées de la Foi, et créées par l’Eglise ? Un seul exemple suffira : l’Inde compte près d’un milliard d’habitants, partagés entre diverses religions ; pourquoi faut-il que seule une religieuse venant de la minuscule Albanie, se soit occupée des plus pauvres, les tirant de leur crasse et de leur misère, et leur rendant un peu de dignité ? C’était Mère Thérésa, sortant de son couvent, et non Mr Barat sortant de son Rectorat ! Et aucun indien, sur un milliard !
Non, le Christ n’a jamais voulu séparer le ciel de la terre, l’Eglise de l’Etat. Il les a distingués, subordonnant celui-ci à celui-là. Le Christ a voulu cette Eglise qu’abhorre M. Barat : « Pierre, tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise » . Mr Barat falsifie l’Evangile, et une telle falsification de sa part ne peut être l’effet de l’ignorance… Quant à la condamnation de Jésus, elle est bien l’œuvre des autorités juives et non romaines ; il avait fait scandale en se disant le « Fils de Dieu ». Normalement, selon la loi juive, il méritait la mort. Ponce-Pilate, lui, voulait l’acquitter ; ce n’est que par lâcheté qu’il l’a condamné. Ce sont donc bien les autorités juives qui sont « déicides ». Mais cela ne doit pas engendrer l’antisémitisme. Voyez l’épais catéchisme issu du Concile de Trente : vouy y apprendrez que les chrétiens sont plus coupables que les juifs, selon les instructions données par les Evêques. Passons sur la libération des femmes, opéré, selon M. Barat, par la Foi du Christ. S’agit-il de la libération des mœurs ? Il y a longtemps que les femmes de la société romaine étaient libérées. Il suffit de lire Juvénal, et quelques autres satiriques, pour s’en convaincre. Libérées depuis la fin de la République romaine.  Mais il s’agit pour le Christ d’une libération spirituelle. Il est vrai que pour lui, les femmes sont égales aux hommes, et qu’elles sont très présentes dans les Evangiles. Mais hommes et femmes sont libérés du péché ; les femmes étant égales aux hommes en dignité, mais pourvues de fonctions différentes. (Notons, entre parenthèses, que Mr Barat fait une singulière erreur en citant St Luc (10, 38-42) : outre qu’il est risqué d’identifier la Marie, sœur de Marthe, dont il est question dans cet épisode, à la Marie-Madeleine pécheresse, il ne s’agit nullement -, dans ces versets, d’opposer des hommes à des femmes, mais une femme à une autre femme !)
Voilà pour la face visible de l’article de Mr Barat.
Elle ne doit pas cacher la face secrète, d’où l’autre procède. Mr Barat veut détruire la religion. Mais pourquoi ? Michelet nous le dit : « La République n’a pas de religion, car elle est elle-même une religion ». La religion de l’Homme, avec sa « transcendance horizontale » ! C’est une Contre-Eglise, chargée de détruire l’Eglise : elle a ses rites, ses cérémonies, son inquisition, - Assemblées, défilés, commémorations, panthéonisations marches blanches, tribunaux pour les hérétiques. – Tout vient des Lumières, avec la revendication de l’autonomie de l’Homme, et du Paradis sur terre qui s’en suivra. Raison, Progrès, Bonheur…  « Temps futurs, vision sublime … » On sait comment toutes ces utopies ont fini. Il n’empêche. Nous en sommes à la dernière utopie : la création par l’Homme d’une espèce nouvelle, de l’Homme-Dieu. Le programme est en passe de réalisation, avec un fanatisme qui ne le cède en rien à celui de Daech. La déshumanisation de l’Homme, préparée par des lois mortifères, et poursuivie avec une violence inouïe. Et, derrière les marionnettes qui font les lois, nous voyons, comme en filigrane, la grande figure calme de Lucifer. Le Prince de ce monde est puissant, l’entreprise est grandiose. Mais elle échouera.
Jésus-Christ ne s’est jamais inscrit à la G.L .D.F. Il n’a pas combattu toute religion au nom de la liberté de foi de chacun.  Il n’est pas venu, non plus, prêcher l’indifférence religieuse. Bien au contraire il a dit qu’il était le chemin –unique- qui conduisait au Père. Bien sûr, il n’a jamais forcé quelqu’un à croire en lui ; chacun est libre ; c’est pour delà qu’il peut se perdre ou se sauver. Mr Barat peut bien refuser de croire, mais falsifier les Evangiles pour prouver sa thèse révèle seulement son fanatisme anti-chrétien.

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