Corsica Cristiana

A Festa di a Nazione : a festa di chè ?

8 Décembre 2018, 08:00am

Publié par Lucien Antoni

Cet article est écrit alors que la Corse se prépare à fêter la Nation. Quoi de plus naturel qu’un peuple célèbre le jour où il est constitué en Nation ? Mais le Corse-Matin du 5 décembre y voit un problème. En gros titre : « « 8 dicembre, chi sensu per (sic !) a festa ? » Pour ce journal les Corses fêtent, mais ils ne savent ni quoi ni pourquoi. En somme, ils sont inconscients ou idiots. Merci pour eux ! Il faut donc chercher le sens de cette fête ; des esprits éclairés, formés par l’Université française, et travestis en corses, s’en chargent. Car cette fête est incongrue : la religion catholique au cœur de la Corse, au cœur de son hymne national, au cœur de sa fête nationale, voilà qui est insupportable à certains. Il s’agit donc pour eux d’en changer le sens, sous prétexte de le chercher. Car ils savent déjà où ils veulent en venir. Ils avaient timidement essayé avec l’hymne national, le Dio Vi Salvi Regina. Celui-là, faute de pouvoir le changer, ils avaient tenté de le remplacer ; ils avaient pensé au chant « Aiò tutti fratelli ». Les malheureux ! Ils ignoraient que ce chant avait une forte saveur… hitlérienne. (« A populu fattu, bisogna a merchià ». quelle belle formule nazie… Pardonne-leur, Pascal Paoli, ils ne savent pas ce qu’ils disent). De toute façon cette tentative avait fait long feu.
Ils ont alors essayé leur talent sur le 8 décembre. Mais, là aussi, l’entreprise est ardue, car c’est la même : déchristianiser les symboles les plus sacrés du peuple corse, issus de l’obscurantisme du Moyen-Age. Comment s’y prendre ? On pourrait changer la date ; le 14 juillet, par exemple, conviendrait mieux, ou quelque autre date vraiment républicaine… Mais le peuple résiste. L’embarras est grand.
Que faire donc ? Antoine-Marie Graziani, le grand historien de la Corse, que nous admirons et dont nous adoptons bien des idées, remarque que, le 8 décembre, il ne s’est rien passé. C’est vrai. Il nous confie aussi qu’il n’aime guère les commémorations. Il a raison ; les commémorations à répétition sont signes de décadence ; Philippe était aux portes d’Athènes, alors que les Athéniens célébraient toujours Salamine et Marathon. Mais le 8 décembre n’est pas une commémoration, c’est une mémoire : on ne peut l’abolir sans abolir la Corse. Faut-il donc en retenir l’aspect culturel, coupé de la Foi qui l’a fait naître, le folkloriser en quelque sorte, et le rejeter dans un passé dépassé ? Ce ne serait pas inconcevable. Mais ce serait encore faire trop de place à la religion, que les Lumières veulent éradiquer sous toutes ses formes.
Il est vrai qu’une fête religieuse est chose étrange dans une société imprégnée d’ »humanisme » maçonnique et d’hédonisme matérialiste. Antoine-Marie Graziani note que nos ancêtres, auxquels nous devons cette fête, étaient bien plus croyants que leurs descendants. Il a encore raison. En fait, la quasi-totalité des cadres du « peuple corse » sont le fruit des Lumières françaises. Ils ne peuvent donc qu’expulser le christianisme . Et c’est bien ce qu’ils s’appliquent à faire. Mais le peuple est en retard. Antoine-Marie Graziani suggère de mélanger la Foi avec les Lumières, pour rendre le 8 décembre acceptable. Sur ce oint nous ne pouvons le suivre. Il est impossible de marier l’eau avec le feu.
Pour nous, nous reconnaissons volontiers qu’il ne s’est rien passé le 8 décembre ; mais, le 30 janvier, 1735, il s’est passé quelque chose : la Consulte nationale a placé, dans l’article premier de son texte institutionnel, la Corse sous la protection de l’Immaculée Conception. Nous notons aussi que c’est la première fois –bien avant Lourdes- que la Vierge a reçu d’une petite voyante corse le titre de « Signora Concezziò ». De là est née la fête du 8décembre, Fête de la nation.
Antoine-Marie Graziani  -toujours lui- pose la question essentielle : qu’est-ce qu’une Nation ? Pour nous, c’est clair : une Nation est un peuple qui a pris conscience de lui-même. Le 30 janvier 1735 le peuple corse a pris conscience du caractère constitutif majeur de son identité, le catholicisme marial. En le rejetant, nos dirigeants le renient. Et, comme le peuple ne suit pas, ils ne peuvent que changer de peuple. Ils s’y évertuent en effet ; l’entreprise paraît facile. Pour un observateur objectif, le sort de la Corse est scellé : elle est déjà morte. C’est bien ce que nous dit notre intelligence ; mais notre cœur lui donne le démenti. La Corse paraît morte ; elle ne l’est pas. Elle dort, comme Lazare au tombeau. Et, comme lui, elle ressuscitera, corps et âme.  Contre ses fossoyeurs, une invincible espérance nous soutient. Et des signes avant-coureurs l’annoncent. Comment expliquer, à notre époque, la multiplication des confréries ? Comment expliquer que les églises désertes soient l’objet de tant de soins, de tant de restaurations ? Les églises sont vides. Elles attendent Dieu. Tout récemment ont eu lieu les obsèques d’un prêtre, à qui Circinellu et Agostino Giafferri avaient transmis le flambeau. L’affluence des Corses qui sont venus de toutes parts se recueillir devant son cercueil, est un signe. « Sèma », dirait Saint Jean.
Le 8 décembre est, et restera, la Fête de l’Immaculée Conception, et de la Nation corse.

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