Corsica Cristiana

La dernière utopie

4 Novembre 2018, 16:43pm

Publié par Corsica Cristiana

L’Homme a toujours rêvé d’être un Dieu. Faire ce que l’on veut, ne dépendre de personne, être, comme on dit, « autonome », n’est-ce pas la vie idéale, la plénitude du bonheur ? Cependant, jusqu’à l’époque moderne, jusqu’à l’apparition de la machine, ce rêve n’était qu’un rêve, autrement dit une aspiration irréalisable ; et même, c’était un péché. Icare fut puni pour avoir voulu se rapprocher du soleil ; Prométhée pour avoir tenté d’arracher aux dieux leur puissance pour la donner aux hommes. Et nous n’oublions pas le Serpent séducteur de la Bible : « vous serez comme des dieux ».
Contre ces tentations mortelles Socrate nous avait prévenus. « gnôthi seauton » : « connais-toi toi-même » - ce qui ne signifie pas « connais ton âme par introspection », mais, comme on dirait en corse : « sappiati cunnosce », c’est-à dire : « connais tes limites, et les outrepasse pas », « ne sombre pas dans l’hybris ».
La « raison » -le logos des grecs- nous enseignait l’humilité. « legein », avant de signifier parler, chez Homère, voulait dire « cueillir », et pas n’importe comment : c’était « disposer en un certain ordre ». Cet ordre était contemplé dans le ciel étoilé, dans l’harmonie de l’Univers ; et l’Homme était invité à obéir à cette Loi divine, et à la faire régner en lui-même comme dans la cité.


Ce « logos » grec devint la deuxième personne de la divine Trinité dans le christianisme, infiniment transcendant. Et, dans la philosophie occidentale, la Raison humaine fut longtemps une émanation, un rayon du Logos divin. Avec les « Lumières » du 18ème siècle, on assista à un changement radical : la Raison se détacha de Dieu et devint simple Raison humaine. Dès lors tout ce qui l’excède est rejeté dans les ténèbres, devient le domaine du particulier et de l’irrationnel ; c’est le fameux « obscurantisme » du Moyen Age.
Et, comme la Raison est universelle, l’heure est venue des grands projets collectifs : par la Science, le Progrès, le Bonheur, l’Age d’Or enfin réalisé. Voici les Saint-Simoniens et leurs prophètes –Bazar et Enfantin- qui assuraient que, si l’on appliquait leurs théories, l’eau de mer se transformerait en limonade, et les lions et requins en  ardents et véloces anti-lions et anti-requins. Voici Fourrier et son phalanstère ; surtout, voici Marx qui les domine tous et qui nous promet une société enfin a-politique, le Grand Soir et l’Age d’Or. Et si les choses ne vont pas aussi vite que prévu, si la vieille société résiste, on forcera les hommes à être libres. L’utopie finit en cauchemar, en goulags et camps de concentration. Les grands massacres du 20ème siècle sont le fruit des Lumières.


Cette Raison humaine avait pourtant encore une certaine transcendance : on devait lui obéir. Mais, après les désastres qu’elle a causés, on se replie sur l’individu. C’est l’époque de l’individu-roi, - autrement dit du libéralisme moderne. Chacun reçoit ce qu’il désire, et tout le monde est heureux. Hélas ! La réalité est décevante ; les bergers des Alpes en savent sur ce point plus que les docteurs de la Sorbonne. On a voulu faire coexister les loups et les agneaux. Mais les loups mangent les agneaux ; dès lors, ou bien on les sépare, - mais alors, c’est la ségrégation -, - on force les loups à manger de l’herbe, - mais alors c’est de l’oppression. De plus il faudrait purger la société de tous ceux qui ne partagent pas la philosophie du libéralisme : « pas de liberté pour les ennemis de la liberté » !
Toutes ces conditions étant réunies, l’individu est-il vraiment roi ? La réalité nous force à dire que ce prétendu roi est un esclave. Big Brother, ou plutôt Big Mother s’occupe de lui et le materne du berceau jusqu’à la tombe. La société libérale possède à merveille l’art de faire concourir les citoyens à leur propre esclavage : télévision, Ecole, media sont des instruments autrement efficaces que la schlague des dictateurs. La pensée unique règne ; et l’individu-roi a peur non seulement de dire ce qu’il pense, mais de le penser !
Jamais on ne vit en Europe un terrorisme intellectuel aussi absolu.


Les individus ainsi façonnés sont-ils du moins heureux ?
Non ! Jamais il n’y a eu autant de pauvres, de drogués, de chômeurs, de désespérés, de suicidés. L’utopie libérale aboutit au désespoir.
Que faire alors ? Reste la dernière illusion : sortir de l’humanité elle-même ; inventer une espèce nouvelle, qui sera à l’humanité actuelle ce que celle-ci est au singe.
Les laboratoires s’y emploient avec une ardeur frénétique. Déjà on peut contempler des cochons avec des yeux humains, demain nous aurons des êtres hybrides, qui feront pâlir d’envie les chimères des temps anciens - centaures et sirènes… L’homme, d’abord « augmenté » (ce qui est une bonne chose) sera transformé : le trans-humanisme est en route. L’Homme, créateur d’une espèce nouvelle, est un nouveau Dieu, qui remplace l’ancien.
Nous, à Corsica Cristiana, nous voulons tout simplement, humblement, rester des hommes ; c’est tout le sens de notre combat. Des hommes hétéronomes.
« gnauti seauton ». Sappiati cunnosce. Nous voulons le retour de Socrate, d’Antigone –figures du Christ.

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