Corsica Cristiana

Mélanchonneries talamoniennes

23 Avril 2018, 06:55am

Publié par Don Antone Luciani

Mélanchon doit avoir des origines helléniques, comme son nom paraît l’indiquer, ainsi que son intérêt pour la Grèce. Curieux personnage, hybride : cet ultra-jacobin français est le roi des sophistes grecs. Gorgias incarné en Danton : un monstre, une tarasque : l brouillonne, il explose, il fracasse. Et d’abord, il fracasse la langue française, vocabulaire et syntaxe. Lisons : « l’autorité que donne aux nationalistes la situation d’aussi large majorité que la leur » ; « sur ce qu’il y a lieu de faire sur le sujet » ; « dans le passé plus lointain et dans l’actualité récente » ; « JLM « manie le thème avec prudence ». Manier un thème, c’est-y pas beau ? Et que dire des « contacts de découverte mutuelle » ? Freud et Lacan le sauraient… et « l’épuisement professionnel ? » Et un programme « peu pénétré par les réalités insulaires » ? Et ces « nationalistes qui ont « passé outre l’humiliation qui nous avait été infligée ». Tout cela en une page. Passons… Le volcanisme de la pensée a pu entrainer la turbulence des mots. Négligeons donc la forme pour en venir au fond.

Hélas ! Quel tonitruant méli-mélo ! Une chatte n’y reconnaîtrait pas ses petits. «  Bon nombre d’entre nous sont jacobins et fiers de l’être ». Ils ne le sont donc pas tous. Mais qu’importe ? Mélanchon est un attrape-tout. Passons… Les nationalistes corses sont aussi, aux yeux de Mélanchon, « jacobins et fiers de l’être ». Mais alors, de deux choses l’une : ou bien ils sont de la même espèce, et alors ces deux jacobinismes n’en font qu’un, ce qui supprime le problème ; ou bien ils sont d’espèce différente, et alors ils s’opposent radicalement. Comment sortir de cette contradiction ?  Par des prodiges de sophistique et en brouillant les cartes. JLM excelle à ce jeu. Primo : chercher un adversaire commun. Il est tout trouvé : c’est Macron. Il suffit d’oublier que Simeoni a invité les Corses à voter pour lui. Oublions-le donc.
Secundo : affirmer que Macron, par sa révision constitutionnelle, loin de vouloir donner à la Corse un statut particulier, veut se servir de la Corse pour démolir l’unité française. La Corse serait ainsi son « cheval de Troie » (ce en quoi JLM n’a peut-être pas tort). Mais pourquoi la Corse devrait-elle repousser ce dépeçage ? N’a-t-elle pas intérêt à la création de régions « transfrontalières »munies d’un pouvoir législatif propre ? Pourquoi devrait-elle craindre l’extension à toute l’Europe du système des länder qui a fort bien réussi en Allemagne ? En somme, les Corses auraient raison de vouloir être des jacobins corses, mais à condition d’être des jacobins français ! Première incohérence ; deuxième incohérence : arracher les Corses à l’article 72 pour l’enfourner dans l’article 74 : cela permettrait de « changer la place de la Corse dans le système institutionnel français sans changer le régime unitaire du reste du pays ». La Corse changeant de place dans le système, resterait dans le système, tout en se mettant à part « du reste du pays ». Etre à la fois dedans et dehors, quel coup de génie ! Une Corse chauve-souris…
Concédons seulement à JLM que Macron veut démembrer la France au bénéfice de la haute finance internationale. Ce n’est pas son objectif principal. La fin dernière, autrement grandiose, de son action politique, il ne l’a pas cachée : « transformer la France en profondeur ». Qu’est-ce à dire ? C’est le programme « post-moderne », ou « transhumaniste » : changer la manière commune de vivre et de penser, comme le voulait déjà Diderot, changer la nature de l’Homme. Rien que cela… La Révolution de 1789 n’avait fait que remplacer un régime par un autre ; on passait d’une royauté à une république ; ce n’était pas grand-chose. Il fallait maintenant créer « l’Homme Nouveau ». Alors il n’y aurait plus ni Corse ni France, - ce qui mettrait tout le monde d’accord.
JLM sous-estime Macron et accumule les incohérences. Mais le bouquet, c’est sa vision du jacobinisme français et de l’Histoire corse, sur lesquels il veut fonder son alliance avec les nationalistes corses.  Selon lui, les jacobins français ne sont nullement centralisateurs (seul l’était le méchant Napoléon). Quant à Pascal Paoli, c’était le précurseur de Robespierre, « l’auteur de la première Constitution moderne appliquée en Europe de 1755 à 1769. Elle institue la séparation de pouvoir de Corse et un contenu républicain et jacobin a servi de modèle ensuite à toutes sortes d’autres révolutions. »
Or quest’è buffa ! A la buvette de l’Assemblée, où l’on taille volontiers une bavette, Talamoni a dû raconter l’Histoire de la Corse à Mélanchon –une histoire fantastique que celui-ci a avalée.
Hélas ! On ne fonde rien sur l’illusion, le mensonge et l’imposture.
Ajoutons ceci : JLM a laissé tomber, comme vérité première, « on ne peut rien contre la volonté d’indépendance ». C’est faux ; mais admettons que ce soit vrai. Pourquoi alors ne rejoint-il pas les rangs des indépendantistes corses, comme il a rejoint ceux des combattants FLN en Algérie ? Encore une contradiction, et la plus grosse.
Un dernier mot : on parle des articles72 ,73 ,74… En fait d’articles, la Corse est à l’article de la mort. Le problème, pour les nationalistes, qui se sont laissé piéger, n’est pas : « comment baisser clotte sans perdre la face » ? Mais comment revenir au mot d’ordre initial  « o vince o more » des origines ?

Don Antone

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