Corsica Cristiana

To be or not to be

12 Février 2018, 17:51pm

Publié par Corsica Cristiana

Lorsque le Pélican, lassé d’un long voyage,
Dans les brouillards du soir arrive à Ajaccio,
Ses petits affamés courent sur le rivage
En le voyant au loin s’abattre sur les eaux.

Ces vers célèbres de Musset, légèrement retouchés pour les adapter aux circonstances, nous reviennent en mémoire après la venue, et la déconvenue, du Pélican parisien dans l’île sauvage.
S’il faut en croire Corse-Matin, toute la Corse était suspendue au bec du Pélican, attendant la becquée. Ainsi ce peuple, qui fut fier, serait devenu servile et quémandeur. En est-il bien ainsi ? L’avenir le dira. Quoi qu’il en soit, voici la merveille : le Pélican n’avait plus rien à offrir à ses enfants, ayant déjà tout donné aux pauvres du monde entier. Alors,
« Dans son amour sublime il berce sa douleur,
Pour toute nourriture il apporte son cœur… »
Et de ce cœur sacrifié sortirent, ô miracle ! des compagnies de gentils gendarmes qui feront régner dans l’île l’ordre jacobin. Précieux cadeau-surprise : chacun sait en effet que l’ordre vaut mieux que le désordre, et qu’il permet de dormir tranquille. Soyez sages : El Pio Matador est là. C’est ce que Corse-Matin appelle, avec délectation, la « reprise en main ».
La situation est désormais claire : les mouvements dits « nationalistes » ont fait faillite. Il fallait s’y attendre. Nous savons depuis Héraclite que Polemos est le père de toutes choses, qu’on ne se pose qu’en s’opposant, et que l’identité naît de la différence. Dans la lutte, chacun se retire dans son essence, se recueille dans son Histoire, devient lui-même par et contre l’autre. C’est vrai dans tous les domaines. A Verdun les Allemands se sont retrouvés Germains, les Français se sont découverts Latins. C’est une ex-plication. Sans quoi ce n’est plus un combat, c’est une mêlée, - mêlée de nègres dans un tunnel par une nuit sans lune.
Les « nationalistes » corses ont voulu être « à la page », et ils ont cessé d’être. Le poisson pourrit par la tête, et leur tête était hexagonale. Nourris dans les universités françaises, ils en ont gardé l’empreinte, et en ont adopté la vision du monde. Ils sont devenus des gauchistes français. Voilà pourquoi ils se sont alignés lamentablement sur les imbéciles Catalans. Comme eux ils prônent un peuple multi-ethnique, philo-musulman, laïciste et mondialiste. Ils programment donc le suicide du peuple corse, et ont trahi la confiance de leurs électeurs, qui ne les ont pas élus pour cela. On ne peut même pas dire, pour les excuser, qu’ils ont voulu finasser avec l’Etat. La preuve, c’ est qu’ils ont impudemment travesti Pascal Paoli, le Père fondateur de notre Nation, en « homme des Lumières » françaises, alors qu’il est, de toute évidence, un homme de la clarté romaine. Ils sapaient ainsi les fondements mêmes du nationalisme corse. Et ce fut le grand ralliement à la Haute finance Internationale, qui enfanta Macron (pour lequel l’un de leurs dirigeants appela d’ailleurs à voter). Emancipation de l’individu, « humanisme », libéralisme, contractualisme, - tout ce qui efface les frontières et détruit les peuples.
Idiots ou super-intelligents ? La seconde hypothèse paraît être la bonne : ils ont compris que, quand on veut gagner une guerre, point n’est besoin d’étudier le chinois Sun Tzu ou l’allemand Clausevitz ; le moyen le plus sûr, c’est de passer à l’ennemi ; si les Français, lors de la débâcle de 1940, avaient rallié les Allemands victorieux, ils seraient entrés en vainqueurs dans Paris ! Elémentaire ; mon cher Watson… Les vrais vainqueurs des élections territoriales, ce furent la Ligue des Droits de l’Homme et Macron.
Cependant nous n’accablerons pas nos piteux compatriotes : ils eurent autrefois le mérite de réveiller le peuple corse endormi, et de le rendre conscient de lui-même; ils souffrirent pour lui, et plusieurs se sacrifièrent. Honneur à eux ! Mais c’était autrefois. « Comment en un plomb vil l’or pur s’est-il changé » ? Mystère…
Au demeurant, s’ils ont été des marionnettes, ceux qui tiraient les ficelles n’étaient eux-mêmes que des marionnettes. Et tous œuvraient au service d’une puissance sans voix et sans visage –monstrueuse en langage heideggérien, satanique en langage chrétien, - qui s’est déchainée sur le monde moderne, ou plutôt postmoderne, et veut créer une espèce nouvelle, qui sera à l’Homme ce que ce dernier est au singe. Tous les problèmes seront alors résolus.
Quant à nous, nous n’acceptons pas le déracinement et la deshumanisation que l’on veut nous imposer. Nous voulons rester des hommes. En qualité de Chrétiens, nous vomissons la République des Hexagons. Comment pourrions-nous faire autrement ? Peillon nous a avertis : la République n’est pas compatible avec la religion catholique. Il est honnête. Il a raison. Mais nous la vomissons aussi en qualité d’hommes et de corses. En qualité d’hommes : contre le tout-puissant « Esprit de la technique », nous défendons les humbles réalités que sont les familles, les peuples et les nations. Nous combattons, comme Pascal Paoli, « pro aris et focis » - pour nos autels et nos foyers. Pour notre Patrie corse donc, dans le concert des autres patries de la terre.
Nous n’appelons pas à prendre les armes : non que cela soit injuste. Tout le monde s’accorde à dire que la révolte armée contre Gênes était légitime. Plus légitime encore serait le soulèvement contre l’Hexagone ; car Gênes nous opprimait, mais l’Hexagone nous supprime. Cependant un tel combat conduirait aujourd’hui à l’échec : il ne servirait qu’à remplir les geôles hexagonales de soldats devenus otages. Mais nous appelons à l’ « insurrection des consciences » selon l’expression d’un faux insoumis, mais vraie carpette, fausse dans sa bouche, mais vraie dans la nôtre. Et à la création d’une élite, un Ordre de Chevalerie, comme au Moyen Age, ascétique et guerrier, qui préparera l’avenir.
Certes, nous ne nous faisons pas d’illusions.
L’aria è cupa e u celu ammantatu ; quand’e no’ ci fighiemu in giru, un vidimu che vigliaccheria, vitella e tradimentu. Ma, arradicatu indi l’addisperu, nasce e cresce u salvamentu. E, cum’ellu dice u pueta, dimu :
« Fin ch’ellu durerà lu sacrifiziu
D’una razza custante d’omi veri,
O Corsica, ha da splende u to nome ».

Don Antone

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